Le verbe et l’image
Discours de réception
du professeur
Jean-Paul Meyrueis
membre
actif résidant
Je dois cet honneur aux nombreux amis que je compte
parmi vous et tout particulièrement à mes parrains.
Le premier d’entre eux, le médecin général inspecteur
Bernard Broussolle, président honoraire, m’a fait
l’amitié d’accepter de répondre à ce discours. Son mérite est grand. Je n’étais
probablement pas un collaborateur facile lorsqu’il dirigeait l’Ecole
d’application du service de santé pour
Mon autre parrain, René Joly, nous a malheureusement
quittés brutalement. Lorsqu’il dirigeait
le service de réanimation de l’hôpital Sainte–Anne, j’avais pu apprécier sa
gentillesse et l’enthousiasme qu’il manifesta plus tard, lorsqu’il était
secrétaire général de notre Académie. Ses chroniques et son texte sur le rôle
des académies, à l’aube du troisième millénaire, resteront un sujet de
réflexion et d’inspiration pour les responsables de notre compagnie.
Les deux derniers titulaires du 17ème
fauteuil que j’occupe étaient des poètes appréciés de tous. Edmond Christol tout d’abord de 1977 à 1997 puis Robert Bres. Je n’ai pas eu le plaisir de les connaître. Robert Bres dont il me revient tout particulièrement d’honorer la
mémoire, était un prosateur élégant et un poète classique très accessible. René
Streif disait de lui dans son éloge funèbre :
« il avait l’âme noble et le cœur
généreux, indéfectiblement épris d’une grande dame :
Chargé de l’illustration des communications de
l’Académie depuis mon admission comme membre associé, j’ai vu l’image prendre progressivement sa place,
mais parfois se heurter aux partisans d’une tradition aménagée par l’usage,
c’est à dire du verbe pur, précis, souvent séduisant, élégant, aux partisans de
la belle tournure grammaticale, de la sonorité des mots et de leur rythme.
Les places respectives du verbe et de l’image dans
l’histoire, dans notre société et dans notre pensée, tel est le sujet que j’ai
donc choisi d’aborder ce soir, en suivant, dans l’ensemble, leurs rapports au cours des temps.
Comment commencer mon propos autrement qu’en
citant l’Evangile selon Saint-Jean et les premières phrases de
Pourtant, contrairement à nos croyances occidentales,
la notion de création du monde par le Verbe, n’est pas d’origine
judéo-chrétienne.
On
la retrouve dans l’enseignement de l’hindouisme qui remonte à la nuit des
temps. L’hindouisme nous enseigne, en effet, dans les Vedas, livres sacrés
écrits en sanskrit en 1800 avant J.C. que « Le cosmos est l’expression, la formulation d’une idée, une parole
matérialisée. Le créateur est le Verbe originel, l’immensité de la parole (Shabda-Brahman) ». Cette notion pénétra en Inde
avec l’hindouisme dans le sillage des Indo-Européens, puis en Mésopotamie, le
pays d’Abraham, 1300 ans avant notre ère, soit plusieurs siècles avant la
rédaction de
La
notion de « Verbe créateur » repose en fait sur une traduction
discutable du terme grec « Logos » qui signifiait en fait pour Platon
« pensée organisatrice » et
plus tard à la période hellénistique,
« puissance créatrice ».
En théologie chrétienne le Verbe avec une majuscule
est la deuxième personne de
Le verbe sans majuscule, le verbe de tous les jours,
c’est l’idée qui prend forme, l’idée exprimée par des mots, la parole. C’est à
son évolution que nous allons nous intéresser.
Plus facile à définir, l’image est la représentation
d’un rêve ou de la réalité, d’un événement ou d’un objet par les arts
graphiques ou plastiques, la photographie ou
le film … mais c’est aussi
leur représentation psychique, l’image mentale. Nous exclurons de notre propos
l’image évocation de la réalité par analogie : la métaphore.
La date d’apparition du langage humain demeure encore
très discutée.
La
parole nécessite des mouvements élaborés du larynx, de la bouche, du visage, de
la langue et de la respiration, synchronisés avec l’activité cognitive pour
produire des mots qui sont des symboles, exprimant les idées au moyen de sons.
Les
premiers outils en pierre datant de 2,4 millions d’années, certains pensent que
cela suppose une aptitude à la parole. Un autre point de départ possible
pourrait se situer il y a deux millions d’années, lorsque le cerveau des
hominidés a entamé une phase d’expansion rapide.
Il y a 300 000 ans la bipédie entraîna la
descente du larynx et de l’os hyoïde, plus bas que chez les autres primates, ce
qui permit à l’homme de former les voyelles et de produire une large gamme de
sons.
La
majorité des spécialistes considèrent que le langage a émergé graduellement sur
une période de quelques centaines de milliers d’années. Les néanderthaliens
avaient des comportements symboliques tels que des rites funéraires et donc
très certainement un langage. La seule
certitude est que celui-ci était complètement développé il y a 50 000 ans, lorsque les hommes européens
ont commencé à peindre sur les parois des cavernes.
De nombreux auteurs estiment que le langage a d’abord
évolué chez nos lointains ancêtres comme un système manuel et non vocal. Le langage des signes aurait ainsi précédé la
parole. L’évolution génétique aurait ensuite permis au langage parlé de devenir
la modalité de communication privilégiée car permettant de garder les mains
libres ou de s’exprimer dans l’obscurité.
Nous n’avons aucune trace des paroles échangées par
les hommes jusqu’à ce que persiste une
trace de ces mots, c’est à dire jusqu’ à l’invention de l’écriture. Ces paroles
perdues permirent la transmission des connaissances progressivement acquises
et, de ce fait, l’évolution des groupes humains vers les premières
civilisations.
Penser que pendant cette lente maturation de
l’humanité le verbe régnait en maître absolu serait toutefois une erreur. Une
forme d’image avait précédé la parole. Cette image particulière qui existe déjà
chez l’animal, comme on peut le constater lorsqu’il rêve, c’est l’image
mentale, bien étudiée depuis 1960, partie intégrante et dominante de la mémoire
et de la pensée.
Le
stockage en mémoire ne se fait pas par propositions verbales mais par images.
La
pensée fait appel à la mémoire visuelle c’est à dire aux souvenirs, ou utilise
des fragments de souvenirs pour
construire une image fictive, pour imaginer. La partie conceptuelle, sans
image, de la pensée est en fait limitée à une forme abstraite, proche de celle
du langage.
La parole provoque chez celui qui écoute une image
mentale. Cette image construit ou reconstruit le personnage, les objets ou les
lieux évoqués. Lorsque ceux-ci ne correspondent à aucun souvenir de l’auditeur,
faut-il lui laisser la liberté d’une construction visuelle mentale imaginaire
personnelle ? Les littéraires nous répondront certainement par
l’affirmative. Faut-il au contraire, lorsque cela est possible, lui fournir des
images réelles ou inventées ? Ce débat est aussi ancien que l’humanité
organisée. Comme nous le verrons, il est à l’origine d’un des commandements du
décalogue, des crises iconoclastes et d’une partie essentielle de l’histoire de
l’art.
L’image peinte ou sculptée est beaucoup plus ancienne
que les traces objectives du verbe c’est à dire que l’écriture.
Dès
l’époque paléolithique l’homme déjà sensible à la beauté, inventa les deux
catégories de représentations :
·
Les images non figuratives, décoratives, victoire de l’esprit sur le chaos, basées
sur la symétrie et le rythme, ultérieurement sur l’harmonie et la couleur.

Ces
images ont accompagné l’évolution de l’humanité dans toutes les civilisations,
des décorations des propulseurs préhistoriques et des décorations géométriques
des premiers vases grecs ou chinois en passant par l’entrelacs irlandais et
l’arabesque.

Leur beauté peut émouvoir le spectateur, suggérer des sentiments ou des impressions, mais elles sont sans rapport réel avec le verbe, même si elles sont susceptibles de provoquer le délire de certains critiques contemporains.
·
Les images figuratives constituent la deuxième catégorie. Destinées à la
transmission aux hommes ou aux dieux, d’un message magique, religieux,
esthétique, historique ou anecdotique, les images figuratives sont en principe
dépendantes du verbe exprimé ou mental. Il arrive cependant que rejoignant ou
dépassant même les possibilités de la poésie, ces images expriment les terreurs
secrètes, les aspirations de pureté, l’indicible, le non formulé.

Les
images figuratives firent leur apparition dans les cavernes. Il est à peu près
certain qu’elles n’avaient aucun but esthétique ou décoratif, mais qu’elles
étaient destinées à protéger les hommes de puissances qu’ils considéraient
comme aussi réelles que les forces de la
nature
La première transmission d’un message, c’est à dire la
première expression du verbe par l’image, se fit probablement par les
empreintes de mains sur les parois rocheuses, empreintes que l’on retrouve à 15
000 ans de distance d’un bout à l’autre de la planète. Prise de possession d’un
lieu ou trace d’un passage comme les graffitis modernes ? Nul ne le saura
probablement jamais. Mais il s’agit incontestablement d’un message, d’un
langage, de la forme la plus primitive de l’écriture pour transmettre une
parole, c’est à dire d’une écriture pictographique, donnant des indications
simples par des dessins simples. C’est le cas des aspects de doigts
amputés, obtenus probablement en pliant ceux-ci lors de la projection de
pigments, ou des décorations surajoutées des mains de la grotte Cosquer et des grottes de Bornéo.

La
discussion concernant la signification des représentations animales
préhistoriques est toujours vive. Probablement associées au verbe lors de
cérémonies chamanistes, elles avaient certainement un rôle magique. Ces images
n’étaient vraisemblablement pas destinées aux hommes.
Elles
avaient pour fonction de parler aux puissances divines ou à l’esprit des
animaux représentés tels qu’ils étaient et non tels qu’ils étaient vus. Le bœuf
est ainsi figuré de profil avec les deux cornes visibles, vues de face. Cette
technique se perpétuera dans l’art égyptien.
L’artiste
de Lascaux qui vivait il y a environ 16 000 ans est aussi loin de nous dans le
temps qu’il l’était du génie qui décora
la grotte Chauvet il y a 35 000 ans. Pourtant les lionnes de ce dernier
atteignent une perfection éblouissante du trait. La parole a joué un rôle
essentiel dans la création de ces fresques préhistoriques. Le degré de
perfection atteint par l’artiste de la grotte Chauvet n’a pu être obtenu que
par un long apprentissage et grâce à l’enseignement d’un maître expérimenté qui
a mis la parole au service de l’image.

C’est
ainsi que l’élève inventa il y a 35 000 ans, pour nous dire que son rhinocéros relève
la tête, un procédé de figuration du mouvement qui ne fut retrouvé qu’au début
du XXe siècle par différents peintres dont Duchamp, avant d’être
repris par les bandes dessinées modernes.

A
l’aube de l’histoire les images figuratives, modelées ou sculptées étaient
essentiellement à destinée religieuse, figeant pour l’éternité la dévotion des
fidèles, des crânes recouverts d’argile dont les yeux étaient incrustés de
coquillages de Jéricho, aux adorants aux yeux
exorbités de Mari et de l’Egypte pré-dynastique.
Pour que l’homme entre véritablement dans l’histoire,
il fallut attendre l’invention à Sumer, puis très peu de temps après en Egypte
et en Chine, d’une image adaptée qui allait révolutionner la transmission du
verbe et donc celle des connaissances.
L’écriture
n’est en effet pas autre chose qu’une image du verbe ou de l’idée non exprimée
verbalement. De plus en plus simplifiée et symbolique, reproductible à la
demande grâce à l’invention de l’imprimerie, elle fut le seul moyen de
transmission du verbe à distance et dans le temps, jusqu’à l’invention du
télégraphe puis de la radio et des enregistrements. « L’écriture est le lieu de la permanence, par opposition à la parole qui
est fugitive » écrivait Hegel dans

Le
premier document écrit est une tablette d’argile datant de 3300 ans avant J.C
et provenant du temple sumérien d’Uruk. Il s’agit d’un relevé comptable exprimé
en pictogrammes, dessins simplifiés
représentant un objet.
Les
sumériens introduisirent ensuite les idéogrammes,
images qui représentent une idée par déduction ou par association d’idée. puis surtout les phonogrammes, signes qui figurent un son. Devenue apte à
tout exprimer, l’écriture cunéiforme s’étendit rapidement, en se simplifiant,
dans toute

L’écriture égyptienne fit probablement son apparition aux environ de 3000 ans avant J.C. Comme en Mésopotamie, elle commença par des pictogrammes et des idéogrammes représentant des objets ou des personnages en action. La célèbre palette de Narmer en est un exemple démonstratif. Avec elle apparaît le cadre et l’arrangement logique, succédant au désordre des dessins préhistoriques. Puis, dans ce cadre vinrent les hiéroglyphes qui sont à la fois des idéogrammes et des phonogrammes.
Si à Sumer l’écriture était incontestablement un outil
comptable d’usage quotidien, son rôle en Egypte était différent. Moins de1% de
la population était capable de lire. Les hiéroglyphes n’étaient pas destinés à la communication
entre les hommes. Ils constituaient un chemin d’accès vers l’éternité. Leur
rôle était d’aider le défunt au milieu des périls de l’au-delà, mais aussi de
perpétuer sa mémoire. Les Egyptiens pensaient qu’ils pouvaient faire vivre par
l’image ce qu’ils écrivaient ou peignaient, plus sûrement que par la parole. Le
nom d’un homme dessiné en hiéroglyphes contenait son identité et détruire ces
caractères le ramenait au néant.

Obéissant
à des règles immuables, la peinture figurative et la sculpture égyptienne ne
changèrent pratiquement pas au cours des 3 000 ans et plus de l’histoire de l’Egypte
ancienne. Figurant objets et personnages tels qu’ils sont et non pas tels
qu’ils sont vus les artistes égyptiens représentaient tout sous l’angle le plus
caractéristique. Ils peignaient systématiquement les yeux et le thorax de face,
la tête et les jambes de profil, les pieds du côté interne.

Rapidement
dans toutes les civilisations, en Egypte comme en Mésopotamie, peinture et sculpture ne se limitèrent plus
au domaine purement religieux et associées au verbe matérialisé par des
panneaux de hiéroglyphes ou de cunéiformes célébrèrent les hauts faits des
souverains : de la victoire de Ramsès III sur les peuples de la mer, à la
pierre tombale de Naram-Sin,

De
la stèle sumérienne des vautours, associant histoire et religion, dans la
commémoration de la victoire du roi de Lagash sur la ville de
Umma, au code législatif d’Hammourabi

Aussi anciens que les
hiéroglyphes, les caractères chinois ont survécu aux siècles en évoluant. A
l’origine pictogrammes, ils sont devenus idéogrammes puis idéophonogrammes
(une syllabe pour une idée). Langage écrit, la calligraphie chinoise est une
perle précieuse de la culture orientale. Apparentée à la peinture, elle
ressemble à la musique car elle sait en exprimer le rythme harmonieux et la
mélodie. Pratique dans la vie quotidienne, elle constitue avec la peinture
chinoise traditionnelle, le cœur de l’histoire de l’art chinois.
Après Adam et Eve dont l’existence paraît
scientifiquement plus symbolique qu’ historique, la
première manifestation connue de la parole divine, adressée directement à un
interlocuteur humain remonte à Abraham et à Moïse soit environ 1300 ans avant J.C., entre les règnes
du monothéiste Akhenaton et celui de Séti Ier.
Ce
premier contact en dit long sur l’importance comparée du verbe et de l’image.
Dans sa grande sagesse Dieu a anticipé sur le proverbe latin « verba
volant, scripta manent » en attendant l’invention de l’écriture et en
s’assurant par l’écrit le plus célèbre de l’histoire de l’humanité, les tables
de la loi, que grâce aux images symboliques de l’écriture, sa parole ne serait
pas déformée.
Un
des dix commandements inscrits sur ces tables de la loi a eu, et continue à
avoir, une importance considérable sur les rapports du verbe et de l’image. Ce
commandement dit : « Tu ne
feras aucune image sculptée qui ressemble à ce qui est dans les cieux »
Descendant du Sinaï le pauvre Moïse fut contraint de
l’appliquer immédiatement en détruisant le veau d’or devant lequel se
prosternaient ses compagnons. Il rappela ensuite constamment
l’interdiction : aucune représentation figurative de Dieu, qui puisse
engendrer idolâtrie ou superstition.
Durant
un millénaire, le culte juif se déroula par le verbe, autour du temple de
Jérusalem. Sous le roi Salomon se développa un art décoratif symbolique qui excluait absolument toute statue de Dieu.
Après la destruction du temple, cet art dépouillé subsistera.

Au cours des siècles qui suivirent les prophètes
confrontés aux prières des peuples devant les idoles et aux sacrifices offerts
à ces images taillées lancèrent des invectives.
Ecoutons Jérémie :
« Car les statues des peuples ne sont que
vanité. On coupe le bois dans la forêt ; la main de l’ouvrier le travaille
à la hache ; on l’embellit avec de l’argent et de l’or ; on le fixe
avec des clous et des marteaux pour qu’il ne vacille point. Ils sont
semblables, ces dieux, à une colonne faite au tour et ils ne parlent pas. Il
faut qu’on les porte parce qu’ils ne peuvent marcher. Ne les craignez pas, car
ils ne font point de mal ; comme aussi faire du bien n’est pas en leur
puissance »
Jérémie
(X 3-5)

En Grèce Images et verbe allaient subir une profonde
transformation. Lorsque les artistes grecs commencèrent à faire des statues de
pierre, ils partirent du point immuable des Egyptiens.
Alors
que les artistes Egyptiens répétaient inlassablement des modèles établis, les
grecs décidèrent de se servir de leurs yeux. Dans leurs ateliers les artistes,
à la recherche de la beauté idéale, mettaient en œuvre de nouvelles idées et
des procédés nouveaux. Ces innovations étaient reprises par d’autres qui y
ajoutaient leurs propres découvertes, cherchant en permanence à mieux exprimer
l’harmonie du cosmos.
Ils atteignirent ainsi une perfection telle que les
artistes de tous les temps, en quête d’orientation et d’inspiration, n’ont
cessé de revenir aux chefs-d’œuvre de l’art grec.
En
même temps que les images, le verbe connaissait, en Grèce, une évolution sans
précédent qui jetait les bases de notre
civilisation. C’est en effet l’époque ou naquirent à la fois la philosophie, le
théâtre, la science et l’art de l’éloquence, née en Sicile grecque et qui
depuis, brille toujours aux périodes troublées de l’histoire, de Démosthène à
Clemenceau, en passant par Cicéron, Calvin, et Bossuet mais aussi Robespierre et
Hitler.
La perfection des formes et des images ne suffisait
pas à Platon pour qui la vision sensible devait être dépassée par la vision
intellectuelle qui requiert l’apprentissage de l’art dialectique, c’est à dire
de la philosophie. Il préconisait l’abandon des recherches de beauté des formes
humaines pour les remplacer par une recherche de la beauté des formes
géométriques fondées sur la proportion et sur une conception mathématique de
l’univers.
Dans toutes les religions les images divines
anthropomorphiques ont pour objet de faciliter la méditation des fidèles et de
les aider à concentrer leur pensée sur des abstractions.
Ainsi que l’écrivait Alain Danielou
« L’esprit humain est enchaîné à la
forme. Il ne peut atteindre l’informel. Il ne peut le concevoir, encore moins
se fixer sur lui. Nous ne pouvons approcher du non manifesté qu’à travers la
manifestation. »
Les
premiers chrétiens, comme les juifs, avaient suivi à la lettre le commandement
interdisant les images. Les statues rappelaient trop ces images taillées, ces
idoles païennes condamnées par
Certains chrétiens pensaient donc que la peinture
pouvait aider à rappeler aux fidèles les enseignements qu’ils avaient reçus par
la parole et leur remettre en mémoire les épisodes sacrés. A la fin du VIe
siècle le pape Grégoire le Grand adopta ce point de vue. Il rappela à ceux qui
étaient hostiles à tout usage de la peinture, que de nombreux membres de
l’Eglise ne savaient ni lire ni écrire. « La peinture disait-il, peut être pour les illettrés ce que l’écriture
est pour ceux qui savent lire. » Cette décision fut d’une importance
considérable pour l’histoire de l’art occidental.
C’est ainsi que l’iconographie chrétienne commença à
transcrire par l’image le message évangélique que l’écriture sainte
transmettait par la parole. Image et parole s’éclairaient mutuellement pour
enseigner la grandeur du divin.
Mais
lorsqu’une image en vient à être regardée comme une réalité matérielle au lieu
d’être comprise comme un symbole, elle devient rapidement un objet d’idolâtrie
et de superstition. Ce danger allait entraîner au cours de l’histoire des
crises iconoclastes exigeant l’abandon des images.
La
première crise éclata à Byzance. Les fidèles avaient pris l’habitude de prier
devant des icônes représentant le Christ,
« Si Dieu dans sa merci a bien voulu se
révéler aux mortels sous la forme humaine du Christ, disaient les partisans
des icônes, pourquoi ne daignerait-il pas
se manifester dans les images visibles ? Nous n’adorons pas ces images
elles-mêmes comme le faisaient les païens, nous adorons Dieu et les Saints dans
leurs images ou à travers leurs images ».
En
726 Léon III attribua à la colère
divine, suscitée par les pratiques idolâtriques de ses sujets, une grande
catastrophe naturelle. Il voulait en même temps s’opposer à l’influence et aux
activités des moines qui tiraient profit du commerce des images saintes.
On
ne tarda pas à s’apercevoir que l’iconoclasme -le mouvement de destruction des
images lancé par Léon III- brisait en
fait l’unité de l’empire. La plupart des sujets de l’empereur préféraient avoir
sous les yeux une icône lors de leurs prières. En Grèce le clergé entra en
dissidence. En Italie la querelle des images cristallisa l’opposition à
l’autorité impériale. A Ravenne et dans plusieurs autres villes des mutineries
éclatèrent.
En 787, Irène régente de l’empire d’Orient, réunit à
Nicée un concile œcuménique qui rétablit le culte des images en considérant que
« quiconque vénère une image, vénère
en elle la personne qui y est dépeinte », supprimant ainsi une cause
de discorde entre Rome et Byzance. Après une seconde période iconoclaste, l’impératrice
Théodora fit rétablir définitivement ce
culte en mars 843.
Lorsque
le parti des images revint au pouvoir, les peintures des églises ne furent plus
regardées comme des histoires destinées aux illettrés mais comme des reflets du
monde céleste. Désormais l’Eglise d’Orient ne pouvait plus permettre aux
artistes de suivre leur fantaisie. On ne pouvait plus considérer une jolie
peinture représentant une mère et son enfant comme une image sacrée, comme
l’Icône de
La décoration de la cathédrale de Monreale en Sicile
et les icônes russes témoignent encore
aujourd’hui de la splendeur de cette peinture et des mosaïques byzantines.

Après
l’effondrement de l’empire romain, l’Occident
s’enfonça dans les temps troublés des grandes invasions. La civilisation
s’était réfugiée à Byzance, en Extrême- Orient, et dans les pays arabes.
Vers 590 des moines irlandais, quittant leur terre
extrême de l’Occident, fondèrent des
monastères en Gaule, en Germanie, en Angleterre et en Italie du nord. Dans ces
monastères, principaux foyers du savoir dans les premiers siècles du haut Moyen
Age, naquirent de nombreux manuscrits destinés à transmettre le verbe, tels que
le livre de Durrow (VIIè
siècle) ou celui de Kells.
Vers l’an 700 les moines Irlandais et Ecossais
fondèrent en Angleterre le monastère de Lindisfarne
dont l’illustre manuscrit inspira les artistes de l’époque. Cet art celte fut
une expérience décisive. Il contenait les bases de l’art carolingien et surtout
de l’art roman. On y retrouve treillis et spirales venues de Mésopotamie,
points rouges coptes, thème du labyrinthe égyptien et surtout l’entrelacs venu
des civilisations anciennes à travers l’art de steppes, l’art copte et l’art
islamique. Au milieu de ce réseau apparaît soudain un œil, une tête de monstre,
l’ébauche d’une forme vivante qui aspire à naître. C’est le serpent qui
s’enroule sur lui même et qui devient oiseau. C’est la correction du symétrique
par l’asymétrique. C’est la déformation de la forme aux dépens du canon pour
les besoins du décor.

Charlemagne, qui commanda l’évangéliaire de Godescalc, adopta un « juste milieu » entre
iconoclastes et iconophiles. Précédant la victoire définitive de Théodora, le
synode de Paris en 825 avait élargi les sujets susceptibles d’être évoqués par
l’image, l’incarnation du Verbe justifiant sa représentation. La porte était
ainsi ouverte pour le Christ en gloire, thème central de la future peinture
romane. Pour structurer l’espace, la peinture carolingienne, cherchant à
ressusciter l’art gréco-romain, représentait en général les personnages sous
des arcs ou des portiques.

La fondation de l’abbaye de Cluny en 910, la plus
grande église de la chrétienté, s’accompagnait de la volonté de reconstitution des idéaux esthétiques de Jean Scot Erigène, théologien
Ecossais pour qui la représentation par l’image constitue la forme la plus
élevée de la connaissance, la perfection de
l’être s’exprimant par la beauté. Celle-ci est assimilée à la lumière et
la « lumière figurée » est
métaphore, image de l’être divin.

C’était
l’époque des riches reliquaires d’or et de pierres précieuses, dont le plus
ancien est la statue de Sainte Foy de Conques, des petites sculptures et des
ivoires, souvent associés à des pierres précieuses pour former la reliure des
évangéliaires. L’image restait toutefois cantonnée au cœur même de l’église.

En 1020 les arcades venues de l’art carolingien, mais
avec un arc outrepassé d’inspiration arabe, furent sculptées autour des
apôtres, au dessus du portail, sur le linteau d’une église de campagne du
Roussillon, Saint Genis des Fontaines. Cette
nouveauté qui, pour la première fois, faisait sortir l’image du sanctuaire,
constituait une véritable révolution.

Mais
le verbe religieux régnait en maître, entraînant des foules vers l’Orient,
derrière Pierre l’Ermite. Une centaine d’années s’écoula avant qu’on ose, à
nouveau, établir en plein vent, taillées dans la pierre, de vastes compositions
figuratives. En 1077 une image profane exceptionnelle de
La réforme de l’église, commencée par l’institution
monastique attira vers les moines des richesses surabondantes venues des
donations pieuses. Le premier usage que firent les moines de ces richesses, fut
d’orner les lieux où ils se pénétraient en silence de la parole de Dieu. Ils voulaient que leur maison reflète sur la
terre les perfections de la cité céleste.
Ce
fut le cloître, espace central protégé, que les sculpteurs eurent pour première
mission de décorer.

C’est là qu’allait exploser cet art nouveau, synthèse
d’art romain, celte, arabe, mésopotamien et carolingien : l’art roman. Le
plus ancien des cloîtres romans est celui de Moissac daté de l’an 1100. Il ne
s’agissait pas seulement de décorer mais également de matérialiser le verbe,
d’enseigner, de soutenir les méditations des moines, de disposer sous leurs
yeux les symboles des vices dont il fallait se purger. Mais ces images
demeuraient cantonnées dans l’aire de repli de la clôture monastique.

A l’extrême fin du XIe
siècle les autorités religieuses décidèrent d’associer des images, à
l’éducation par le verbe des foules profanes. Des sculptures envahirent le
portail et les façades, dès lors traitées comme un arc de triomphe romain, lieu
de « passage » entre le sacré et le profane.

De
splendides bas reliefs virent ainsi le jour, chefs-d’œuvre de l’art roman, tels
que le trumeau de Moissac. Le prophète Jérémie et St Paul, aux membres
inférieurs démesurément allongés, glissent dans une marche dansée au sein d’un
espace presque plat.
« Apparitions formidables qui s’avancent de
l’ombre vers la lumière, de la vieille Bible juive vers la chrétienté
d’Occident. Sous un jour frisant, cet extraordinaire remous de formes paraît
d’abord une ondulation chaotique de la matière » (Henri Focillon)

Le
but était de frapper les imaginations par un message permanent, souvent basé
sur la crainte du châtiment. Prosper
Mérimée écrivait à ce sujet :
« L’intention d’agir par la terreur sur les imaginations est évidente et l’on dirait que, par ces images de supplice, les artistes ont voulu venir en aide à l’éloquence des prédicateurs »

C’est ainsi que naquirent les grands portails, de
l’apocalypse tout d’abord à Moissac, du miracle de

Mais
le but était aussi esthétique. La décoration s’étendit au chevet et à la
totalité de l’église. L’intérieur se couvrit de fresques, illustrant la parole
des prédicateurs.
Les
artistes romans sortirent souvent du cercle immuable de la thématique
christique et accompagnèrent l’histoire sainte de sujets profanes. Les
figurations grotesques, les monstres, les êtres fabuleux se multiplièrent.
L’art roman n’est pas seulement l’art des monstres. Il est aussi l’art des
acrobates. « A côté de l’anomalie de
la forme il y a l’anomalie du geste. » (H. Focillon)

En
1124, à l’occasion d’une visite à Cluny, une voix s’éleva contre ces motifs
profanes, celle de Bernard de Clairvaux, lançant la querelle des images et
prêchant le retour à plus de simplicité, à plus de rigueur chrétienne dans le
choix des sujets. Ecoutons ce qu’il écrit dans son apologie à Guillaume, abbé
de St Thierry :
« A quoi bon ces singes immondes, ces lions
furieux, ces centaures monstrueux, ces demi hommes, ces tigres marquetés, ces
soldats qui se battent, ces chasseurs qui sonnent du cor ?

On y voit plusieurs corps sous une même
tête et plusieurs têtes sur un même corps ; d’un coté paraît une bête à
quatre pieds, avec la queue d’un serpent, de l’autre la tête d’un quadrupède
sur le corps d’un poisson. Ailleurs un animal représente un cheval qui est
moitié chèvre par une extrémité, et un autre les cornes en tête, est moitié
cheval par le reste du corps.
Enfin on voit partout une si grande et si
prodigieuse diversité d’animaux que les marbres plutôt que les livres
pourraient servir de sujet de lecture, et qu’on y passerait plus volontiers
toute la journée à admirer chaque ouvrage en particulier, qu’à méditer la loi
du Seigneur. »

Sous
l’impulsion de Bernard de Clairvaux, l’ordre de Cîteaux connut un essor
extraordinaire en Europe. Les cisterciens prônaient un retour strict à la règle
de Saint-Benoist, et la disparition des images.
L’abbaye du Thoronet est parmi les plus beaux exemples de cette évolution.
Art
roman et architecture cistercienne coexistèrent pendant la partie moyenne du
XIIe siècle.
Avant
de disparaître progressivement le roman, comme tous les styles subit une
évolution baroque. L’ornementation explosa, guillochant les colonnes,
multipliant les archivoltes.

A St Denis,
l’abbé Suger s’empara de l’expédient de renfort qu’était la croisée d’ogive et
en fit l’armature d’un nouveau style qui allait envahir le nord de
Du haut de la chaire, comme dans l’antiquité du haut
de la tribune aux harangues, la parole était proférée, la parole qui corrige,
qui exhorte, la parole qui juge. L’élargissement progressif des ouvertures
laissait rentrer à flots la lumière, changeante en fonction de l’heure et du
temps, faisant resplendir le Verbe, avec une majuscule, dans les images de
verre des vitraux.
Influencés par les icônes et mosaïques byzantines, la
peinture occidentale et les manuscrits du moyen âge ne traitaient que des
sujets religieux, sur fonds d’or. C’est ainsi que peignaient encore Simone
Martini et Duccio di Buoninsegna.

A partir de
Vers 1440 Gutemberg met au
point à Strasbourg le procédé de composition en caractères mobiles qui allait
donner, pour des siècles, un avantage déterminant à la diffusion du verbe.
En 1523 éclata la deuxième grande crise iconoclaste,
celle qui fut liée au protestantisme. Elle allait durer des dizaines d’années.
Au Mans en 1562 des groupes iconoclastes vident la cathédrale et les
différentes églises de la ville de leurs images et ornements, mais aussi de
leurs archives et documents. A Angoulême
des briseurs d’image traînent dans les rues et brûlent des statues, des
crucifix et des peintures en criant : « Si tu es Dieu, défends toi ».
En France les huguenots dévastent totalement de
nombreuses églises du Midi et du Sud-Ouest. Aux
Pays-Bas, en 1566, des centaines
d’églises et de monastères sont vidés de leurs ornements et de leurs images. Les
attaques portent essentiellement sur les yeux, les bouches et les mains, concentration qui révèle le souci qu’ont les
iconoclastes de montrer que les idoles sont aveugles, muettes et sans pouvoirs.
Dans son impuissance l’image dit son statut de symbole, dépourvu de toute vie
et de toute présence du sacré. En ce sens l’iconoclasme transforme le statut de
l’image.
Luther et Calvin condamnèrent les actions violentes et
prônèrent un retrait organisé et tempéré des images. Dans les pays acquis à la
religion réformée, exigeant le retour au seul verbe, la vie des peintres et des sculpteurs vivant
normalement de la réalisation d’images religieuses fut bouleversée. Ils durent
émigrer et s’orienter vers la peinture de portraits. Ce fut le cas, par
exemple, de Hans Holbein le jeune.

Les idées protestantes provoquèrent une « Contre-réforme »
catholique. La doctrine sur la « présence réelle », niée par les
protestants, provoqua une explosion de l’enseignement par l’image et de la
décoration, le baroque, à l’opposé de la rigueur des temples protestants ou
seul le verbe était toléré. Peintres et sculpteurs furent mis à contribution
pour créer des images religieuses accessibles à tous, mais basées sur
l’hyperbole c’est à dire l’exagération, afin d’obtenir, grâce à l’outrance, l’attention
et l’intérêt du spectateur.

La révolution entraîna en France une nouvelle crise
iconoclaste. Le verbe révolutionnaire
régnait. Les façades de
nombreuses églises furent ravagées par la décapitation des statues qui avaient
échappé à la crise du XVIe
siècle et qui pouvaient avoir un éventuel rapport avec la royauté. Ainsi
commença une ère nouvelle. L’image cessa de refléter un ordre cosmique ou
religieux, pour revenir à à un humanisme
éventuellement esthétique. Lorsqu’ elle s’échappe de l’information
photographique, l’image n’est plus, désormais, le reflet d’un monde
transcendant, mais un prolongement du monde intérieur de son auteur.
Evadons-nous un instant de la civilisation
occidentale, pour évoquer succinctement les rapports du verbe et de l’image
dans d’autres civilisations.
La religion musulmane qui règle la vie d’une partie de
l’humanité est entièrement basée sur le verbe. Reprenant le commandement
consacré à l’interdiction des images Mahomet dit un jour à sa femme
Aicha « Les anges refusent
d’entrer dans un logis où il y a une image »

Les copistes du Coran devaient donc respecter cette
règle. Mais aucune règle n’empêchait d’enjoliver les caractères et les copistes
créèrent, à la frontière des images figuratives et non figuratives, une
calligraphie qui transformait l’écriture en une forme d’art ainsi que l’avaient
fait les artistes chinois.
La
religion de Mahomet interdisant absolument les images de Dieu et de l’être
humain, les artistes orientaux exercèrent leur imagination sur les motifs
ornementaux. Ils créèrent un motif de décoration délicat, l’arabesque.
En
détournant les artistes des formes du monde réel, Mahomet les a poussés vers le
monde imaginaire de la ligne et de la couleur pure.

Certaines sectes musulmanes ont interprété moins
rigoureusement l’interdiction des images. Elles autorisèrent la peinture de
scène et de figures pourvu que celles-ci soient sans rapport avec la religion.
Les miniatures perses réalisées après le XIVe siècle, illustrant des
récits romanesques, historiques ou légendaires puis plus tard aux Indes sous
les souverains musulmans (Mogols) montrent la maîtrise qu’une discipline
purement décorative avait apportée à ces artistes. Mais une nouvelle crise
iconoclaste due à l’obscurantisme et au fanatisme religieux musulman des
talibans, entraîna, en 2001, la destruction des bouddhas de Bamiyan.

Pendant plusieurs centaines d’années après la mort du
Bouddha, au Ve siècle avant. J.C., sa représentation était proscrite
et son histoire ainsi que son enseignement demeuraient du domaine du verbe.
L’interdiction toutefois concernait essentiellement l’image mentale plutôt que
de simples symboles de pierre. Aux environs du début de l’ère chrétienne les
premières images du Bouddha furent
exécutées au Gandhara, magnifique fusion de l’art grec importé par Alexandre
300 ans plus tôt et de l’inspiration bouddhique.

Les bouddhistes utilisent un stade intermédiaire de
représentation symbolique utilisant des gestes conventionnels (les mudras). Le verbe est ainsi manifesté par des gestes
codifiés qui constituent un langage. C’est ainsi que les statues du Bouddha
nous parlent.

Cette
codification de l’image pour remplacer ou pour renforcer le verbe a parfois été
empruntée par la civilisation occidentale. Le salut asiatique main jointe est
devenu prière, mais le geste d’apaisement, paume en avant, utilisé par tous les
arts asiatiques, puis par l’art chrétien, est devenu universel.

Spécifiquement
chrétienne, l’image de la bénédiction, par contre, qu’elle soit orthodoxe ou
latine transmet, en un instant, un message beaucoup plus intense que de longues
paroles.

L’iconographie hindoue surprend toujours l’occidental.
Le besoin de symboles élaborés et complexes écarte l’art des images du simple
anthropomorphisme. Les hindous savent parfaitement que les idoles ne sont que
des symboles sans aucun pouvoir. Ils les utilisent comme une base de méditation
plus facile pour les esprits qui ne peuvent saisir aisément un trop grand degré
d’abstraction.

En Chine quelques-uns des plus grands penseurs
semblent avoir eu, sur les rapports du verbe et de l’image, des vues analogues
à celle du pape Grégoire le Grand. Ils voyaient dans l’art un moyen de rappeler
aux hommes les grands exemples de vertu. Confucius disait qu’une image vaut
5000 mots.
A
partir du Ve siècle le Bouddha du repos éternel s’installa, mais il
ne parvint pas à dominer le dragon de l’éternel changement, incarnation
tortueuse du typhon sur la mer, de l’orage et du brouillard.

Sur le continent américain, les images précolombiennes frappent par leur
diversité et leurs tendances à l’extrême. Le Verbe, transmis par les idiomes
mexicains et les images, nous révèle un
monde tourmenté par l’obsession et par l’angoisse. Un monde exprimant l’effrayant, le terrifiant
et le macabre.

Mais
aussi un monde ou les images sculptées atteignaient une harmonie parfaite, de
la hache trouée, avec coiffure de dauphin, du Veracruz central, au masque de
jade maya de Pacal II.

Les
images réalisées par les civilisations primitives ne connaissant pas
l’écriture, paraissent souvent enfantines. Mais les artistes ne cherchent pas à
reproduire l’apparence réelle des choses. Ils considèrent un seul élément comme
tout à fait suffisant pour contribuer, avec le verbe, à l’invocation de leurs
dieux.
Nous
ne devons pas aborder ces images dans un but de décoration. Leur création, tout
en se rattachant à la magie et à la religion, est en même temps une première
forme d’écriture.
A la fin du XIXe siècle les constituants de
la parole et de l’image se sont autonomisés. Les mots, support matériel de la
parole se sont échappés.
« L’aboli bibelot d’inanité
sonore » est à interpréter à la lumière de la poésie
symboliste et de la pensée Mallarméenne. Dans ce cas la parole et l’écriture
cessent d’être des instruments de communication. Le sens qui est habituellement
l’objet du langage semble être absent. Le poète n’a que la sonorité des mots pour
faire un poème avec le néant.

Les
images ont subi le même sort. La couleur et les formes s’autonomisent. Mallarmé
a certainement contribué à la naissance de l’art contemporain. Sa poétique est
proche de celle d’Odilon Redon et de son quadrige plein de mystère.
Au cours du XXe siècle des progrès
techniques fulgurants ont bouleversé les rapports du verbe et de l’image.
Depuis Gutenberg le verbe, grâce à l’imprimerie, avait bénéficié, sur l’image,
d’une énorme avance de diffusion. L’invention du téléphone puis de la radio,
permettant la transmission de la parole à distance, puis sa conservation par le
phonographe et le magnétophone, ont contribué à aggraver le déséquilibre.
L’extraordinaire talent oratoire d’Adolf Hitler, révélé aux foules par le microphone
et la radio, entraîna le monde dans le chaos. C’est par la radio également que
fut révélé l’appel du 18 juin et le visage de de
Gaulle resta inconnu des Français jusqu’en 1944. En ces périodes de convulsion
de l’histoire la suprématie du verbe était totale.
L’image avait pourtant commencé une lente évolution
avec, au début du XIXe siècle l’invention de la lithographie puis, à
partir de 1816, celle de la photographie qui demeura anecdotique jusqu’au début
du XXe siècle. Le 28 décembre 1895 eut lieu la première projection
publique des frères Lumière, acte de baptême de l’industrie cinématographique.
Le cinéma fut d’abord de l’image en mouvement, avec accompagnement musical. En
1927 le verbe comble son retard et le cinéma devient parlant. A partir de la fin
de la fin de la deuxième guerre mondiale l’image allait progressivement
bousculer le verbe. Le rôle des images dans notre civilisation moderne
nécessiterait à lui seul une longue discussion et nous ne pourrons donc que
l’évoquer.
Les bandes dessinées ont remplacé le livre. Portée par
la télévision, le cinéma, Internet et maintenant le téléphone portable, l’image
séduit sans explication, impressionne l’inconscient, transmet de l’émotion,
alors que le verbe nécessite une attention consciente et véhicule l’idée, la
pensée formelle, la définition.
L’image peut créer des convictions sans fondement.
N’étant pas contrôlée par la pensée ces convictions peuvent être arbitraires et
même absurdes. Le sujet n’en a pas conscience puisqu’il se contente de les
enregistrer. La publicité est basée sur ce pouvoir irrésistible et en abuse. Les
images ont un pouvoir d’évocation très supérieur à celui de la parole. L’image
des faits ou objets réels grâce à la photographie, au cinéma et à la télévision
a sur l’opinion, un impact qui a transformé la perception du monde.

Deux
photographies ont joué un rôle essentiel dans l’arrêt de la guerre du
Vietnam : l’une montrait la jeune Kim Phuc,
brûlée au napalm, s’enfuyant d’un village en flamme et l’autre qui valut le
prix Pulitzer au photographe Eddie Adams : l’exécution en pleine rue d’un
prisonnier vietminh dont les mains étaient attachées dans le dos. Ces images
terribles furent plus efficaces que tous les discours pacifistes.
Très
discutable, par contre, la publication des images de la mort en direct de la
petite Omaya, lors d’une inondation dramatique en
Amérique du Sud.

Quelques
photographies suffisent à résumer les faits marquants de l’histoire
contemporaine, beaucoup mieux que de longs discours.
Le passage en boucle, sur toutes les télévisions de la
planète, des images d’attentats, constitue la base même de la stratégie
terroriste.
L’attaque
des tours de New York et leur effondrement en direct ont bouleversé le
monde. Les images de vagues et de
cadavres après le tsunami de l’océan indien ont fortement ému l’opinion
mondiale qui était restée totalement indifférente à la simple annonce seulement
verbale, des 300 000 morts du dernier tremblement de terre en Chine.
Dans
des circonstances dramatiques la parole n’a plus qu’un pouvoir d’explication,
de revendication. Elle est à la mode pour le soutien psychologique. Cela ne
veut pas dire que le verbe ait perdu tout son pouvoir, mais il doit être répété
sans relâche. La répétition de formules creuses pour ne pas dire plus, mais efficaces
car adaptées au niveau moyen de réflexion, reste la base du discours politique.
Nous en avons eu de très beaux exemples avec « la force tranquille », « les forces de progrès » et « l’ultralibéralisme ». La
répétition dans une seule formule très courte comme la « république
démocratique populaire » ce qui veut dire, à peu près, trois fois la même
chose, confine au chef-d’oeuvre. Si cette répétition
est nécessaire c’est que, comme saint Thomas, les foules contemporaines croient
davantage ce qu’elles voient que ce qu’elles entendent. Pourtant si l’image, en
particulier la photographie, était, au début, un témoin plus fiable que le
verbe, verbe dont Talleyrand disait qu’il a été donné à l’homme pour dissimuler
sa pensée, elle est devenue sans valeur légale avec le numérique qui permet
toutes les modifications et tous les montages désirés.
Le verbe apprend à voir l’image, mais il peut aussi la
faire mentir. La révolution roumaine fut un exemple d’utilisation mensongère de
l’iconographie. Avec la télévision l’image a pris le pouvoir. Elle est dans
l’immense majorité des cas réduite à du simple visuel, ramenant tout sur le
même plan, sans distance et sans hiérarchiser les valeurs : les cadavres
de Phuket sont séparés de ceux de Sumatra par la publicité d’une marque de
lessive. Seul existe ce qui est vu. L’invisible s’en est allé. Le sonore se
visualise, l’écrit est contaminé, souvent réduit aux gros titres autour d’une
photographie. Le triomphe de l’image bouleverse la politique. L’acteur succède
à l’orateur, Reagan et Schwarzenegger à Jaurès et à de Gaulle. Lorsque la
parole semble conquérir un domaine nouveau qui lui semble réservé elle est
immédiatement rattrapée, le téléphone portable devient vidéo et les web-cams poursuivent les internautes jusque dans leur
retraite.
Cette évolution de l’image n’a cependant pas que des
inconvénients. La diffusion télévisée d’une pièce de Molière ou d’un roman de
Maupassant révèle ces œuvres en un soir, à plus de spectateurs qu’elles n’ont
eu de lecteurs depuis leur écriture. Parfois l’image est magnifique et associée
à la parole elle devient un instrument
incomparable de culture et de sensibilisation esthétique.
Ces
exceptions devraient être un modèle.
……………………..
Arrivant au terme de notre propos, il est temps de
revenir à notre Académie. Les relations de l’homme avec son entourage sont
essentiellement basées sur l’audition et la vision, c’est à dire sur le verbe
et l’image. Malheureusement, ainsi que le disait Goethe: « Le mot et
l’image sont deux corrélations qui se cherchent éternellement ».
La
succession des crises iconoclastes témoigne de ces rapports difficiles. Face
aux dérives actuelles de l’image, la tentation est grande de se replier sur les
mots. Mais la culture ne se limite pas aux merveilles du verbe. Depuis la
préhistoire l’image et la musique sont des moyens de communiquer que l’on peut
mettre à coté de la littérature. Ainsi que l’écrivait René Huyghe :
« Rembrandt exige sa place auprès de Pascal et
de Beethoven, non loin de Dante »
L’activation
de la commission des beaux-arts de notre Académie répond à cette exigence.
Les images peuvent soutenir ou illustrer le propos,
parfois même le clarifier. Mais l’image n’est pas toujours souhaitable. Les
sujets littéraires et la poésie relèvent en général du seul verbe.
Les sciences au contraire exigent le plus souvent
schémas, tableaux et photographies. Elles sont parfois incompréhensibles en
leur absence. L’image permet de démontrer, de convaincre, de pallier le déficit
du langage, de découvrir.
Le
plan d’une bataille aide considérablement l’amateur d’histoire, pour la
compréhension de son déroulement. « Un
croquis vaut mieux qu’un long discours » disait Napoléon.
Mais l’image peut parfois masquer le discours et
freiner la pensée de l’universel. Lorsqu’il s’agit d’arts plastiques, les mots
ne font qu’accompagner et au besoin expliquer les images. Dans tous les
domaines l’image contribue à la construction d’un savoir collectif.
Jean-Claude Léonide me rappelait récemment un proverbe
chinois qui résume l’essentiel de notre réflexion et qui dit :
« Pour exprimer l’idée rien ne vaut l’image,
mais qui s’arrête à l’image n’obtient pas l’idée, il faut oublier l’image pour
obtenir l’idée »
Mais une part du réel échappe aux mots, c’est à dire à
l’idée devenue sonore et transmissible. Dans certaines circonstances des images peuvent exprimer ce que ces mots
auraient été impuissants à traduire. Elles se font alors une place à coté de la
poésie.
Les images ont fait progressivement leur entrée à l’Académie
du Var. Elles ne tarderont pas y à trouver leur place et à devenir une
tradition. Ainsi que l’écrivait Maurice Druon « qu’est ce qu’une tradition sinon un progrès qui a réussi ? ».
Je vous remercie de votre attention.
Réponse au discours de réception
par le médecin
général inspecteur Bernard Broussolle
Après cette très belle conférence du professeur
Jean-Paul Meyrueis, j’ai l’honneur et le plaisir de lui répondre au nom de tous
ses collègues de l’Académie.
C’est en effet un plaisir personnel de recevoir un
ami, médecin de
Au début de votre discours, vous nous avez dit que
vous ne deviez pas être un collaborateur facile. Je ne suis pas d’accord avec
vous : vous aviez un caractère et une personnalité affirmés, et c’est
toujours agréable pour le supérieur que j’étais à l’époque de travailler avec
quelqu’un qui sait ce qu’il veut et qui ne cache pas sa pensée.
Vous avez rappelé que votre deuxième parrain, le
docteur René Joly, qui avait beaucoup contribué à votre entrée dans notre
compagnie, était hélas trop tôt disparu. Il était pour moi un très vieux
camarade et j’aurais aimé qu’il soit aujourd’hui à ma place pour répondre à
votre discours ?.
Chaque discours de réception nous permet de mieux
cerner la personnalité de l’un des nôtres avec des facettes et des qualités
toujours très diverses. Je ne peux
évidemment pas tous les citer. Mais, par exemple, nous avions l’année
dernière un médecin radiologue devenu poète, le mois dernier un psychologue de
formation devenu musicologue. Aujourd’hui, c’est un chirurgien, peintre, qui
vient de nous révéler par son discours qu’il est un parfait connaisseur des
arts. Tous illustrent bien la devise de notre Académie : « Sparsa colligo( je rassemble ce qui est épars, ce qui est divers) »,
et chacun d’eux enrichit nos connaissances personnelles.
.
Le docteur Meyrueis a choisi un sujet qui se prêtait à
la projection de très belles photographies que vous avez pu admirer. Après
avoir défini la place du Verbe dès les origines de nos civilisations, il nous a
brossé l’évolution parallèle de l’Image. Dans notre civilisation occidentale,
le Verbe et l’Image ont eu souvent des rapports conflictuels, mais
complémentaires que vous avez bien définis. Plus près de nous, l’apparition de
l’impression, de la photographie, de la radio, du cinéma, de la télévision, et
plus récemment encore du réseau internet avec ses images virtuelles, explique
leurs nouveaux rapports dans nos civilisations mondialisées. La diffusion du
Verbe, la diffusion de l’information,
devient presque immédiate, en direct dans nos foyers. Mais le choix de l’image
qui l’accompagne, n’est pas neutre, ce choix
peut aider à nous faire une opinion ou à conforter celle-ci ; mais
il peut au contraire la déformer. Nous l’avons fort bien senti par votre rappel
judicieux de quelques exemples de situations récentes, qui sont dans toutes nos
mémoires.
Mais revenons à votre discours, mon cher Jean-Paul,
vous avez émaillé votre verbe de
magnifiques images, qui n’ont, bien sûr,
pas déformé notre jugement. Elles nous ont permis de mieux comprendre l’évolution des rapports entre le
Verbe et l’Image. Vous avez usé mais non abusé des Images, car, vous nous
l’avez bien souligné dans votre conclusion, votre sujet s’y prêtait.
Chaud partisan de l’illustration de nos
communications, puisque j’ai introduit à l’Académie la projection numérique, je
trouve même que vous avez été peut-être trop prudent quand vous nous dites que
les images ne font pas encore partie des traditions de notre Compagnie. Je
trouve au contraire qu’elles y ont prit maintenant toute leur place, certes
bien délimitée, mais souvent indispensable.
Il me reste un devoir bien agréable: celui de
présenter à l’auditoire notre nouveau membre résidant. Mais est-ce bien utile,
car le professeur Meyrueis est bien connu à Toulon, certes dans notre Académie
où il a été élu membre associé en 2002 et membre titulaire résidant en décembre
2003, mais aussi dans la vie civile
toulonnaise, où tant de personnes ont eu recours à ses mains expertes de
chirurgien orthopédiste. Mais cette présentation est une tradition, et je m’y
plierai bien volontiers.
Jean-Paul Meyrueis est né en 1937 dans le Gard, à
Lasalle, village du pays cévenol. Ses parents, originaires de Montpellier,
s’étaient connus comme étudiants sur les bancs de
Mais ses parents ne restent pas à Montpellier. Son
père, déçu de ne pas obtenir un poste de
professeur dont la promesse lui avait été faite, décide d’aller ouvrir un
cabinet de médecin généraliste à Lasalle, pays de ses ancêtres. C’est donc là,
un peu par hasard, que naît Jean-Paul en 1937. Il y effectue ses études
primaires.
Son père
pendant la guerre, médecin des maquisards du Mont Aigoual, avait fait la
connaissance de plusieurs toulonnais réfugiés, dont la famille de mon ami
Frédéric Dumas, le plongeur, l’un des trois « mousquemers ».
Ceux-ci, par la suite, le convaincront facilement de prendre la succession d’un
cabinet médical à Toulon, quartier du Mourillon.
C’est ainsi dans cette ville que le jeune Jean-Paul effectue ses études
secondaires.
Ayant choisi
aussi la carrière médicale, il part une année à Montpellier pour faire son
PCB dont il sort major en 1955. Mais la mer l’attire décidément à Toulon, il
veut être médecin de la marine ; il y revient donc pour faire sa première
année de médecine à l’Ecole annexe de Médecine Navale à l’hôpital maritime
Sainte-Anne. Il est reçu en 1956 au concours d’entrée de l’Ecole du Service de
Santé de
Il est affecté comme médecin-major de l’aviso Paul Goffeny
dont le port d’attache était Dakar. Il profite de ses stations au port pour
commencer à préparer l’assistanat de chirurgie à
Après
cette affectation outre-mer en 1963 et 1964, il rejoint à l’Hôpital maritime de
Toulon le service de chirurgie du Professeur Jean-Claude Poupée qui l’aide à
terminer sa préparation au concours de l’assistanat de chirurgie. Il est reçu,
encore major, et devient en 1966 assistant de chirurgie à l’Hôpital maritime de
Rochefort. Après un an d’assistanat , il a la chance
d’être désigné comme chirurgien embarqué à bord nouveau navire-école, le porte-
hélicoptères Jeanne d’Arc, pour une
seconde croisière autour du monde en 1967-1968. Il revient à nouveau à
Toulon pour poursuivre son assistanat en
1968-1970. Assistanat très studieux, puisqu’il prépare et réussit le concours du chirurgicat
en 1970.
Il est alors
nommé chef de service à l’hôpital interarmées Emile Roux de Tübingen en zone
d’occupation française en Allemagne. Il s’oriente définitivement vers la
chirurgie orthopédique, et crée avec un collègue allemand le Centre
franco-allemand de traitement des scolioses, qui sera par la suite le Centre le
plus important d’Allemagne de cette spécialité.
En 1971, à nouveau à Toulon, il prépare l’agrégation
de chirurgie. Brillamment reçu, il devient chef du service de chirurgie
orthopédique et traumatologique de notre hôpital toulonnais.
Excellent professeur, très apprécié à l’Ecole
d’Application du Service de Santé pour
Ses recherches et sa notoriété clinique le font élire
membre du Directoire du Collège français des chirurgiens orthopédiques et
traumatologues.
En janvier 1986 il quitte le Service de Santé des
Armées pour une deuxième carrière, civile cette fois. Il exercera une activité
libérale à la clinique chirurgicale Saint-Michel à
Toulon. De 1993 à 1997 il en est le Président directeur général. Il n’en
continue pas moins ses activités de chirurgien et de chercheur. Il a été pendant
cinq ans président de la commission internationale de normalisation du matériel
de traitement des fractures. De 1994 à 1998 il est aussi président de l’Union
collégiale des chirurgiens et spécialistes de la région Provence-Côte d’Azur.
Il arrête définitivement son activité chirurgicale en
2000. Il est alors l’auteur de plus
de cent communications scientifiques, de deux livres d’enseignement de
Prenant un repos bien mérité, il ne pouvait cependant
pas rester inactif. Il est élu, comme je vous l’ai déjà précisé, membre associé
de l’Académie du Var en 2002, puis membre actif résidant fin 2003. Il participe
activement à la vie de notre Compagnie, en particulier par son engagement dans
la commission informatique et audio-visuelle où il me rejoint et où j’ai pu
apprécier toutes ses qualités et sa disponibilité. Il est aussi l’auteur de
nombreuses communications, principalement dans le domaine artistique.
Jean-Paul Meyrueis est en effet un artiste comme vous
avez pu le constater ce soir par son discours. Il est un très bon dessinateur,
comme tous les professeurs d’anatomie que j’ai connus, à l’époque où les
chirurgiens connaissaient encore l’anatomie !.
Rappelez-vous, chers camarades médecins, les dessins anatomiques que faisaient
au tableau noir, nos professeurs
Villemin ou Dufour à
La peinture est le violon d’Ingres de Jean-Paul Meyrueis.
Nous avons pu admirer ses oeuvres au Salon des Beaux-Arts de l’Académie. Il tient sans nul doute ses dons
artistiques de son père, qui, à la fin de ses consultations à Toulon, se
précipitait dans quelques criques du Mourillon pour y
composer de délicieuses petites aquarelles. Il partage ses talents avec son
épouse, notre collègue, à laquelle, vous me permettrez de rendre hommage.
Madame Anne Meyrueis, professeur agrégé de sciences naturelles, allie elle
aussi savoir scientifique et dons
artistiques
L’activité du professeur Jean-Paul Meyrueis déborde
les limites de notre Académie, puisqu’il a informatisé avec notre collègue Jean
Perreau, les peintures et gravures du musée du Vieux Toulon. Il est aussi
historien de l’art, s’intéressant particulièrement aux peintres varois du XIX e
siècle. Laissez-moi vous dire encore qu’il prépare une histoire du Mourillon que nous attendons avec impatience.
Homme de Science et des Arts, curieux de l’histoire de
sa ville, Jean-Paul Meyrueis avait
grandement sa place dans notre Compagnie. Nous nous félicitons de l’avoir élu
parmi nous et nous attendons encore beaucoup de lui.
Bernard
Broussolle