La Provence brûlée

À la claire fontaine m'en allai promener
La source était tarie, le sol était séché
Il n'y avait pas d'ombre et pas même une branche
Sur des troncs calcinés aux formes bien étranges
Il n'y avait plus d'herbe, pas la moindre mousse
Rien que la terre nue et noire où rien ne pousse
Alors qu'hier encore se dressaient des vieux chênes
Becquetés de pics-verts au rythme madrilène.

Le silence soudain était devenu lourd
J'ai cru même un instant être devenu sourd
Et guettai, mais en vain, quelque doux bruissement,
Le cantique des feuilles au mistral finissant
Le ciel était vidé du chant de ses oiseaux
Du murmure tranquille où coule le ruisseau
Et du chant des cigales au rythme lancinant
Qu'à l'heure de la sieste on écoute en rêvant.

Finie l'odeur des pins et des vieux oliviers
Qui embaumaient mes nuits de leurs tièdes bouffées
La Provence brûlée ne sent que la poussière,
Les Maures ravagées ne sont plus qu'un désert
Il n'y a pas eu de bombe pourtant, pas de guerre
Et l'avion qui passait en venant de la mer.
Ne jetait que de l'eau comme un gros arrosoir
Sur des casques dorés brillant comme des ciboires.

À la claire fontaine ne m'en vais plus baigner
La source s'est tarie, j'ai le cœur à saigner
Je pleure ma Provence, un paradis brûlé
Par tant de malveillance, perdu pour trop d'années.

Michel HEGER