Méridienne africaine

Cyclope végétal aux épaules énormes,
Pétrifiant un geste implorant tout le ciel
L'éternel baobab, de ses moignons informes,
Offre en vain holocauste un fruit au goût de miel:
Pénitent d'un autre âge aux ex-voto baroques,
Qui pendent dispersés en étranges breloques !...

Tout est las, tout se terre en l'herbage jauni,
Tout se tait dans la brousse, immense cathédrale,
Et son dôme étincelle, où flambe à l'infini,
D'un soleil sans recours la lumière brutale!
Là se perd le regard dans les pas incertains,
Des filets d'air qu'exalte un ballet de lutins ...

Dans la plaine immobile à l'haleine torride
Parfois d'un acacia jaillit en trait sanglant,
L'arabesque de feu, la volute rapide
Du cardinal-aigrette au camail éclatant;
Puis, tout s'endort vaincu, seule une tourterelle
Égrène à l'horizon sa romance éternelle.

Le busard attentif, gravitant au zénith,
Telle une aigle héraldique au blason du soleil,
Ombre d'un lent fusain la trame d'un talith,
Tissant, fil après fil, le velours du sommeil...
Impondérable, il plane, et sa prunelle ardente
Évoque, à sa merci, quelque proie imprudente ...

Marâtre indifférente au faible comme au fort !
Tu dévores tes fils, mais seule ils te connaissent:
Ils t'ont donné leur âme et, s'ils trouvent la mort
Par la griffe ou le croc, c'est en toi qu'ils renaissent!

O brousse impétueuse aux sauvages accents,
Vis et meurs sous ta loi, tout comme aux premiers temps.

Henri-Maurice STEIL