Du temps du charbon

 

Sous la suie des cheminées
Qui crachent la haine des hommes
Je n'ai pas trouvé de fleurs

Sous un ciel désolé
Qu'étreignent les murs de briques
J'ai reconnu les « durs»
J'ai ressenti la peur

Pour eux j'étais un lâche,
J'étais l'ennemi de classe
Je ne voulais rien changer

Je me croyais sans tache
Je me savais heureux
J'étais drogué de mots

Devant les hauts-fourneaux
Qui rongent la vie des hommes
Devant les coulées de fonte et les lingots d'acier
Il n'y a pas de tendresse
Il n'y avait pas de pitié

J'ai découvert la haine
Pour l'homme qui ne sue pas
Pour celui qui vit sans peine
Le sage, le bohème, le bourgeois

Pour l'homme qui pense
Pour celui qui prie, celui qui danse
Celui qui a la chance
De ne pas connaître leur vie

De la vie des machines, de la vie des fourneaux
De la vie des victimes qui engendre des bourreaux
Il y a ceux qui chantent pour ceux qui crèvent
Ceux qui jubilent pour ceux qui tuent

Et ceux qui acceptent de nouvelles victimes
Et créent de nouveaux bourreaux
Pour les mêmes machines.
Et les mêmes fourneaux

Constantin LOUGOVOY