Trois impressions de Venise
I
Sur la place inondée de Saint-Marc
Les reflets des reflets se brouillent
Des palais révolus l'image persistante
N'en finit pas de prolonger l'éclat
Sous un masque de carnaval
Se promène l'énigme
Elle s'arrête parfois sur un pont
Contemple la solitude des canaux sans issue
Où dérivent avec lenteur
Des gondoles de cendres
Des paroles tombent de ses lèvres
S'écoulent de la voûte du pont
Des perles des diamants la dernière étincelle
Les fastes oubliés regagnent
Au gré des eaux dormantes
Leur lointain orient
II
Sous la scintillante lumière du fanal
L'eau du canal a la couleur du sang
Des formes vêtues de brocards
Descendent fièrement les marches
Du grand escalier qui s'enfonce
Dans l'épaisseur nocturne du temps
Et se dissout à la première vague
Il en descend toujours dans le silence
D'un pas égal de cérémonie
Tandis que s'inclinent au passage
Les statues des anciennes gloires
Noyées dans les eaux de l'oubli
III
Sous le regard du Doge
Une ville s'éveille
Elle rassemble les îles inventées
Qui tremblent sur leurs pilotis
Enfoncés dans la mémoire
Sur des lambeaux de cœur
S'accrochent des étoiles
Mais les lions dorment toujours
Tête posée sur la carène
Des galères englouties
Bercés par le chant des rameurs
Et le clapotement des vagues
Au flanc des coques naufragées
Jean-Max TIXIER