La chasse au pêcheur
L'été de mes dix ans, avec des galopins,
Pour les bords du Gapeau, quêteurs de l'aventure,
Nous avons déserté la colline et ses pins.
L'eau susurrait tout bas l'appel de la nature.
Nous espérions surprendre un paisible pêcheur,
Venu là dans l'espoir d'appâter sa friture.
Il taquinait l'ablette en cherchant la fraîcheur,
Tentant de maintenir, dans une eau turbulente,
Un bouchon rendu fou par un courant tricheur.
Nous choisissions celui qui, l'âme nonchalante,
Se comportait plutôt comme un rêveur distrait.
Nous voulions éprouver l'attente somnolente.
Cette opération ne manquait pas d'attrait.
Nous avancions sans bruit, prudents dans notre approche,
Soucieux d'aboutir sans laisser de portrait.
Attentifs, trois garçons à l'abri d'une roche,
Epiaient à l'affût le moindre mouvement,
Pour perpétrer leur coup toujours sans anicroche.
Le grand Louis, très sûr, se chargeait du moment
De donner, en vrai chef, le signal de l'attaque.
Cet instant apportait un merveilleux tourment.
Il convient, dans ces cas, que l'assaut estomaque.
Quand sa main s'abaissait, confiants en son flair,
Nous frappions, cinglants, vifs, tout comme un fouet qui claque.
Mus par un même élan, dans le temps d'un éclair,
Nous nous dressions soudain, poussant un cri terrible.
Les bras se détendaient, les pierres fendaient l'air.
Notre âme était alors guerrière, irrésistible.
Tout caillou touchant l'eau soulevait un impact,
Près du léger flotteur que nous prenions pour cible.
Adieu petit poisson qu'apeurait ce contact.
L'adulte furieux tempêtait dans son ire,
En laissant malgré tout notre moral intact.
Cachés à ses regards, gagnés par le fou rire,
Comme des feux follets, nous désertions le coin.
n est vrai nous n'avions, pour sûr, rien à lui dire.
En vain, il s'agitait sans trouver de témoin.
Très exaltés, tous trois commentions la victoire;
Pour sa réaction nous étions déjà loin.
Même les garnements ont leur page de gloire!
Jean BRACCO
|