Désespoir


Comme ces oiseaux blancs
Qui planent sur la mer
Mon amour fout le camp
Et m'abandonne amer
Sur la rive battue
Par mille et mille flots
Comme un gosse perdu
Qu'étouffent les sanglots.


Et ce long banc de brume
Qui se glace et se fige
C'est toute l'amertume,
C'est l'immense vertige,
D'un amour qu'on trahit,
Que l'on pensait si fort,
Comme un serment maudit
Auquel on croit encore.


Là-bas ce grand navire
Qui part dans la grisaille
Emporte mes désirs
Et toute la pagaille
Des mots qui vous font vivre:
Soleil, amour, beauté,
Des mots qui nous enivrent
Jusqu'à la nausée.


Le ciel gris, le vent froid,
La rumeur du brisant,
Ça tourne autour de moi
Comme un grand oiseau blanc.
Pour moi tout est fichu
Et je fais le bagage
De tout ce que j'ai vu.
C'est le dernier voyage.


Et j'emporte avec moi
L'odeur de ces lavandes
Où je fus avec toi,
Et tes yeux en amande
Où je me suis perdu,
Et l'or de cette plage
Où nous nous baignions nus
Et n'étions pas très sages.


Que les vagues m'emportent,
M'entraînent à jamais
Dans le pays, je pense,
Où sont les amours mortes:
Le pays du silence
Et des chagrins muets.


Michel HEGER