Par cette porte étroite



Au temps des souvenirs, de la marge à la tranche,
Sur la page encor vierge, y coucher ses oublis ...
Déjà la plume échappe à nos doigts affaiblis,
La mort vient sous les pas saper l'ultime ranche!

Dans le dernier émoi qui dissipe et retranche,
S'estompe le reflux des mythes établis,
Ceux qui firent aimer laisseront ennoblis,
Comme fleurs sous l'autan, d'autres ont fui la branche ...

Est-ce la nuit qui tombe ou le premier matin ? ...
Par la porte des cieux, au terme du destin,
Entrerons-nous vainqueurs nimbés par le grand œuvre ?

D'un sort toujours cruel ignorant le recours,
Verra-t-on, sans espoir, la fatale manœuvre,
Ou Dieu guidant le juste en de sereins séjours ? ...

Henri-Maurice STEIL