Prise de la présidence de l'académie du Var: déclaration de Jacques Keriguy

 

Dans le discours qu'il a prononcé à l'occasion de son départ, il y a deux ans exactement, le président Meyrueis a défini avec justesse et précision les actions des académies de province : progression, conservation, transmission du savoir. S'ajoutant aux siens, mes propos se reconnaissent comme paraphrastiques.

L'académie est un carrefour qui s'ouvre sur toutes les spécialités ; elle représente pour ses membres, un espace de parole heureusement ouvert sur le monde, grâce à de nombreuses séances accessibles à toutes et à tous. Singuliers par leurs compétences, leurs passions, leurs sensibilités toutes différentes, ces membres travaillent à une œuvre commune.

Protégeons cet espace : quand l'époque, nous le dénonçons avec obstination, n'accorde d'attention et ne prête de mérite qu'aux qualifications de plus en plus étroites, quand des groupes d'influence tout puissants envahissent le champ médiatique et imposent leur loi à l'ensemble de la société, l'académie, elle, sait se dérober sagement aux caprices de la mode, enjôleuse mais volage. Éprise d'universalisme, dont la nature même est faite de diversité, ainsi que l'indique sa devise, sparsa colligo , elle arbore fièrement des témoignages arrachés à toutes les manifestations de la pensée. Elle a pour mission de diffuser, et parfois de générer le savoir, mais aussi l'art, qui est la science faite chair, selon le mot de Cocteau.

Protégeons avec d'autant plus de ténacité cet espace qu'il nous accorde une richesse plus précieuse encore, plus rare sans doute : la liberté. L'académie, en effet, se tient hors de toute soumission. Elle n'est pas courtisane ; elle sait en toute circonstance refuser la tentation de l'adulation et de la flatterie. Ses membres peuvent affirmer avec Voltaire que « n'étant point mercenaires, les académiciens doivent être libres de toute sujétion. » Bien que s'appliquant à d'autres académiciens, plus prestigieux, sans doute, que nous le sommes, ce privilège, nous le possédons nous aussi ; préservons-le aujourd'hui plus encore qu'hier !

Ne pas me référer au passé serait trahir l'académie, car il est prestigieux, ce passé : le Bulletin, de nombreuses publications, les souvenirs peut-être gravés dans votre mémoire de conférences intéressantes, d'œuvres originales présentées à l'occasion des salons d'arts en témoignent. Mais je me garderai bien d'user de cette facilité qui consiste à apporter la preuve du futur par le passé : l'avenir, pour l'académie aussi, est, en cette année 2012, obscurci de quelques nuages : l'éparpillement des locaux depuis que l'usage de la Corderie est sévèrement limité est le plus important. Nous irons cependant ensemble à la rencontre de cet avenir avec confiance. Excès d'optimisme ? Soit, mais illusion et réalisme sont imbriqués de façon indissociable. Comment les distinguer, comment les concilier ? Faut-il le faire, au demeurant ? « Le courage, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel », disait Jaurès. N'est-ce pas ce que nous cherchons à faire dans toutes les manifestations de notre vie ? Une académie vivante ne saurait célébrer que la vie.

M'appuyant sur le travail et l'expérience de mes prédécesseurs, et du plus proche, le docteur Marmottans, qui me confie le témoin aujourd'hui, je retiendrai donc cette devise et tenterai de l'appliquer au mandat qui m'est confié de conduire l'académie à la rencontre du temps à venir.

Je suis fier et heureux du rôle qui m'a été confié, d'autant que cette décision s'inscrit dans une volonté collective, celle d'un groupe décidé à améliorer ce qui peut l'être, à faire aboutir les projets de ses membres et à encourager chacun à apporter une contribution décisive à l'œuvre de tous.

Je vous remercie.

Jacques Keriguy
Président de l'académie du Var
(Février 2012)